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L’ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié, sera le candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) à la Présidentielle du 31 octobre prochain. À l’issue des conventions éclatées tenues les 25 et 26 juillet, Henri Konan Bédié, seul candidat en lice, a raflé la quasi-totalité des voix des différents délégués. « Un véritable plébiscite. La joie qui m’anime aujourd’hui est immense. Je me sens heureux et fier d’avoir été élu comme candidat du PDCI-RDA au scrutin présidentiel du 31 octobre prochain », a réagi l’homme, peu après l’annonce des résultats provisoires. Une joie partagée par tout le parti d’autant plus que ce vote était aussi et surtout un message que le PDCI-RDA tenait à envoyer à ses adversaires, notamment le parti au pouvoir, ex- allié.

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Quand Henri Konan Bédié et le PDCI RDA s’essayent à la démocratie en interne

C’est un secret de polichinelle, malgré son âge avancé (86 ans) Henri Konan Bédié reste un des poids lourds de la politique ivoirienne. Mais aussi et surtout, il reste le « Sphinx » quasi-indéboulonnable du PDCI-RDA. Une simple réunion du Bureau politique à Abidjan ou à Yamoussoukro aurait donc suffi pour le désigner par acclamation comme le candidat officiel du vieux parti. Quitte à imposer ensuite le choix à la base. Beaucoup d’observateurs avaient même annoncé cette possibilité. Mais au sein du parti cher à feu Houphouët-Boigny, cette « élection primaire » – la toute première dans son histoire – devait obligatoirement avoir lieu. Même avec un seul candidat, après que le dossier de Kouadio Konan Bertin (KKB) a été rejeté, le 2 juillet par le comité de candidatures. Le 20 juin, au cours d’une réunion avec les membres du secrétariat exécutif, les vice-présidents, les délégués départementaux et communaux, et les responsables des structures spécialisées du parti, Henri Konan Bédié avait déclaré que sa candidature « permettra aux jeunes de Côte d’Ivoire d’accéder aux responsabilités pleines et entières dans la gestion ». Outre la liberté qu’ont les « trublion » à l’instar de KKB d’exprimer leurs désaccords, tous sont d’accord que la promesse de « l’accès des jeunes à la gestion de l’État » faite par Bédié, est un grand tournant dans la vie du vieux parti. Il fallait donc démontrer (à ces jeunes électeurs) que « le PDCI-RDA, n’est pas ce vieux parti qui se donne de nouveaux textes, juste pour faire beau. Non seulement il se donne de nouveaux textes pour cadrer avec les réalités du moment, mais il les respecte, et ça, c’est essentiel aujourd’hui pour diriger un pays », souligne ce délégué départemental de l’Agnéby-Tiassa avec qui nous avons échangé. Plus encore, pour les responsables des structures spécialisées du parti, il faut montrer qu’il a beau être « vieux et dirigé par des vieux » comme le disent les détracteurs, le PDCI reste « un parti démocratique et non une autocratie où le Grand chef tout-puissant impose ses choix à l’ensemble ». On en veut pour preuve et contre-exemple, ce qui se passe au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

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Le RHDP et son conseil politique

Le12 mars, à l’issue d’un conseil politique élargi à toutes les instances du parti, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a été désigné candidat du RHDP pour l’élection présidentielle d’octobre 2020. Le chef de l’État Alassane Ouattara a beau assurer que ce choix était celui « des instances du RHDP », tout le monde sait qu’il l’avait largement suscité et imposé. D’ailleurs, l’arbre des acclamations n’a pu cacher longtemps la forêt des dissensions qui conduiront aux départs, entre autres, de Marcel Amon Tanoh et Albert Mabri Toikeusse. Le premier, ministre des Affaires étrangères, avait brillé par son absence, tandis que le second, ministre de l’Enseignement technique, était resté assis lorsqu’Alassane Ouattara a demandé à l’assistance de se lever pour adouber le choix de Gon. « Je suis un homme de conviction et je préfère dire ce que je pense. Ne prenons pas des engagements d’une heure dans une salle, qui, par la suite ne refléteront pas la réalité sur le terrain », avait déclaré le président de l’UDPCI, quelques minutes plus tôt à la tribune. « Mabri ne s’associe pas à la décision (…) Elle n’était pas à l’ordre du jour et la façon dont la réunion s’est déroulée va à l’encontre des textes du RHDP », avait expliqué un de ses proches. 

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« Tout le monde a été pris de court ce jour-là ! À l’exception bien sûr de ceux qui avaient été contactés pour le plébisciter et qui avaient préparé des discours pour cela », rappelle, encore amer, ce député RHDP transfuge du PDCI. La suite, on la connaît…A 3 mois de l’échéance présidentielle, malgré le décès du Premier ministre Amadou Gon et l’hémorragie dans ses rangs, le RHDP ne semble pas avoir vraiment évolué sur la question des textes qu’il s’est donné. Exactement comme le 12 mars à Yamoussoukro, les voix discordantes qui continuent de marteler qu’« après Amadou Gon Coulibaly, c’est Hamed Bakayoko » ont été purement et simplement étouffées, voire méprisées. Depuis le décès du candidat désigné, c’est à une véritable démonstration de force que se sont livrés les pro-AGC conduits par un Adama Bictogo tout feu-tout flamme, pour imposer la candidature du président sortant. « Le seul qui peut assurer l’unité au sein du parti », selon le Directeur exécutif du RHDP. Si bien qu’au sortir de cette guerre des clans, le RHDP va devoir batailler pour recoller les morceaux et tenter de resserrer les rangs autour du nouveau candidat, fusse-t-il Alassane Ouattara. Le PDCI-RDA, lui, marque déjà une longueur d’avance avec le message qu’il vient d’envoyer à son « voisin d’en face ». Alors que l’on évoque des risques de votes sanctions des frustrés au RHDP, les résultats définitifs proclamés, ce mercredi, confirmant l’élection d’Henri Konan Bédié à la candidature, avec un score de 99,67%% pour un taux de participation de 94,83%, soit 7 259 voix sur les 7 282, conforte et rassure le PDCI sur l’union et l’unité sacrées du parti autour de son candidat. Cette victoire annonce inéluctablement l’accession à la magistrature suprême lors de l’élection présidentielle du 31 Octobre 2020. C’est du moins l’intime conviction partagée par tous au sein du PDCI-RDA.