• Save

D’un enfant qui perd sa mère ou son père, on dit qu’il est orphelin. D’un mari qui perd sa femme, on dit qu’il est veuf et, inversement veuve. Et d’une femme qui perd son fils ? Ni nom, ni qualificatif. Tout simplement parce que cette pièce du destin, aussi évidente et connue soit-elle, n’a jamais trouvé une place dans l’entendement humain. De même, elle n’est pas prête de trouver une place dans l’entendement de Fatoumata Gon Coulibaly. Comment celle qu’on appelle affectueusement « la vieille » vit-elle la situation depuis le mercredi 8 juillet ? Où a-t-elle appris le décès de son fils ? Pourra-t-elle se remettre de ce drame ? Le récit exclusif de l’état de la mère du premier ministre, vu de l’intérieur de la résidence et reconstitué à partir du témoignage de deux proches de la famille, éclaire d’un jour singulier le drame de cette mère qui, plus est, a toujours exprimé son désaccord quant à l’ambition présidentielle de son fils.

Lire aussi : Paris-Amadou Gon Coulibaly-Avant sa mort-Les dernières confidences d’un séjour-En plus de la coronarographie, ce que les médecins ont diagnostiqué fin mai-L’hôtel où il a séjourné avant son retour en Côte d’Ivoire

Amadou Gon Coulibaly-Comment sa mère appris la nouvelle de son décès

Cet après-midi de mercredi 8 mai, alors que le décès du Premier ministre est officiellement constaté à la Polyclinique internationale Sainte Marie (Pisam) de Cocody, le président Alassane Ouattara, informé, veut faire vite. Les réseaux sociaux obligent, on ne peut pas s’offrir le luxe de garder le suspens, ni le temps de préparer psychologiquement « la vieille ». De plus, il faut absolument éviter qu’elle l’apprenne par les réseaux sociaux. La tâche est pénible pour la délégation dépêchée chez ‘’la vieille’’. Mais contre toute attente, c’est avec un calme surprenant qu’elle reçoit le coup de poignard. Mais on n’a pas besoin de scanner pour savoir qu’elle saigne du cœur. Bien avant même que ne soit évoqué la possibilité pour elle de voir le corps de son fils, l’impressionnant et inhabituel détachement de forces de l’ordre qui débarque quelques instants après pour prendre position dans la ruelle de ce paisible quartier de Cocody-les II Plateaux dans le périmètre du célèbre espace BMW, lui rappelle tout de suite que l’homme dont on vient de lui annoncer la mort n’est pas que son fils. Il est aussi et surtout un haut serviteur de l’État. Il faut donc faire la part des choses.

Lire aussi : Côte d’Ivoire-Décès Amadou Gon Coulibaly-Ces notes vocales qui trahissent des secrets d’Etat : “Sa mort était programmée depuis 2016”-Un tract intrigant qui révèle tellement de choses

  • Save

À sa famille politique revient donc le soin d’organiser les obsèques du premier ministre, et à sa famille biologique de choisir de vivre le deuil du fils, du père, de l’époux, du cousin, du neveu Amadou…, dans la stricte intimité familiale. Entre la résidence du Premier ministre à Cocody-Les Ambassades et la résidence de « la vieille » à Cocody Les II Plateaux, le choix est porté sur la seconde pour la présentation des condoléances. « Ça permet de maintenir l’intimité familiale dont on a besoin dans cette circonstance et maintenir la famille autour de ‘’la vieille’’ », fait savoir ce proche de la famille que nous nommons sous les initiales de BN. Dehors, les forces de l’ordre ont pour consigne de ne laisser entrer que des proches de la famille biologique. Ou les cadres de sa famille politique qui auraient envie de venir individuellement. Amadou Koné, un des membres de la famille est désigné pour porter la parole de la famille Gon. Pour recevoir, entretenir et traduire les remerciements et gratitudes de la famille à chacun des visiteurs. Dans le ballet des condoléances commencé jeudi, le vendredi fut un jour particulièrement chargé, dense en émotion pour ‘’la vieille’’. Outre des personnalités dont Gilles Huberson, chef de la diplomatie française en Côte d’Ivoire, le président de la Banque Africaine de Développement (BAD), des directeurs de société, des amis de la famille…, il y a surtout la famille politique d’Amadou. Avec la délégation gouvernementale conduite par le ministre de la défense, Hamed Bakayoko venue présenter les condoléances du gouvernement à la famille. « Nous sommes venus dire à notre maman (mère du défunt) qu’elle a perdu un fils, mais elle en a 50 autres que nous sommes. Nous ferons tout pour que la mémoire d’Amadou Gon soit honorée », a rassuré, entre autres, Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes et porte-parole de la délégation. Mais au fond, tous le savent, « la vieille » a bien perdu un fils, mais elle ne peut pas se consoler d’en avoir « 50 autres » que sont les membres du gouvernement.

Lire aussi : Côte d’Ivoire-Décès Amadou Gon Coulibaly-Démission annoncée de Daniel Kablan Duncan-Alassane Ouattara vers un troisième mandat ?-Ces notes vocales qui trahissent des secrets d’Etat

Amadou Gon Coulibaly laisse une mère désemparée

D’abord parce que la mort d’un fils va contre le sens même de la vie. Ensuite parce qu’à son âge, « la vieille » Fatoumata était convaincue qu’elle a tout gagné dans la vie et que c’est son fils qui l’enterrerait. Enfin, parce que depuis le mercredi, soir, sous son calme apparent, c’est une dame désemparée, amputée d’une partie d’elle-même, blessée au plus profond d’elle qui fait face à un deuil très douloureux. Comment vivre après une telle perte ? « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis ». Pour Fatoumata Gon Coulibaly, « la vieille », ces mots de Victor Hugo au sujet de sa fille décédée, Léopoldine, reflètent exactement ce qu’elle ressent depuis mercredi, en début de soirée. Il y a trois à quatre jours, son fils Amadou était encore vivant. Il avait 61 ans. « Ça a été extrêmement brutal. Nous savions tous qu’il n’était pas au mieux de sa forme et qu’il jouait sa santé. Depuis mercredi, ‘’la vieille’’ – tout comme Assetou l’épouse et les 5 enfants de son fils –, sont sidérés, sous le choc. Tant cela semble irréel. Avec l’arrivée de la délégation gouvernementale, vendredi, ‘’la vieille’’ réalise que c’est vrai, Amadou est parti. Et là, son monde s’est effondré. « Depuis mercredi soir, ‘’la vieille’’ vit avec une chape de plomb au-dessus de la tête. Tous les matins, en se réveillant – lorsqu’elle parvient à fermer l’œil –, elle a un coup de poignard qui lui rappelle que son fils est mort. Et elle se demande si elle va pouvoir tenir jusqu’à la fin de la journée. », précise notre deuxième interlocuteur que nous nommons sous les initiales de OP.

Lire aussi : Décès Amadou Gon Coulibaly-Enfin l’hommage de la première dame-Dominique Ouattara avait été aux côtés du premier ministre lors de son hospitalisation en France

Amadou Gon Coulibaly-Sa mère n’était pas pour ses ambitions présidentielles

« Un arrachement », « une mutilation » … C’est ainsi que OP décrit ce que vit « la vieille » depuis mercredi, avec la perte de son enfant. « C’est comme si ‘’la vieille’’ a été physiquement amputée d’une partie d’elle-même et de toutes les projections qu’elle avait investies en son fils qui est censé l’enterrer, elle ». Amputée aussi d’un moteur de vie. « Pourquoi nous ? », « Pourquoi lui ? »… Pour « la vieille », le décès de son fils Amadou va dans le sens inverse de la vie et constitue, pour elle, une terrible injustice. Surtout que depuis le début, elle a été la première à dire non, quand son fils l’a informée de son ambition de se lancer dans la course pour devenir président de la république. « Son fils a tenté de la convaincre du bien-fondé de son choix par le président Alassane Ouattara, mais la vieille n’a jamais changé de position. Elle estimait que c’était trop tirer sur la corde, que c’était dangereux pour son fils dont elle sait la santé fragile… », souligne OP. D’où un sentiment de colère « par rapport aux autres qui continuent leur vie de façon insouciante et par rapport à sa famille politique qui se prépare déjà à le remplacer… Comme un vulgaire pion, quoi !… », rappelle BN. Et souvent, aussi, une grande culpabilité : celle de ne pas avoir su protéger son enfant, de ne pas avoir su le convaincre de dire non à la proposition de son patron de faire de lui le prochain président de la Côte d’Ivoire. Ici, c’est une certitude, le fils de ‘’la vieille’’ Fatoumata est décédé à l’âge de 61 ans après que son cœur a lâché sous la trop forte pression de ses ambitions de devenir président dans 3 mois. « Le vieux [Amadou Gon, Ndlr] n’allait pas bien, et la vieille ne cachait pas qu’elle avait de mauvais pressentiments. Même pendant son séjour en France, elle disait ses craintes… Même dans la nuit du mardi, quand le vieux a fait un malaise, elle a rappelé que son fils doit mettre fin à cette affaire de présidentielle… Depuis mercredi, on a beau dire que c’est la volonté de Dieu, elle se sent extrêmement coupable. Elle rappelle ce qu’on aurait pu faire, ce qu’elle aurait dû faire…», confie OP. Au demeurant, faire le deuil d’un fils prend des années. Selon les psychologues, « il s’agit d’apprivoiser quelque chose de monstrueux ». Et c’est là que va se jouer l’après-Amadou pour ‘’la vieille’’ Fatoumata. Pour rappel, rentré de la France, après un contrôle sanitaire qui a duré 2 mois, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly est décédé, mercredi 8 juillet à Abidjan. Une semaine après son retour. Il sera inhumé le vendredi 17 juillet sur la terre de ses ancêtres à Korhogo dans le Nord du pays.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.