Un prêtre qui parle musique, cela n’arrive pas tous les jours. Et surtout quand celle-ci est le zouglou, rythme populaire qui se veut être l’identité culturelle d’une nation. Le père Don Habid Marcellin et le zouglou, une belle histoire à laquelle, il a consacré un ouvrage. “Quand le zouglou chante Dieu”, c’est l’intitulé. Avec pour point focal cette œuvre littéraire, nous avons échangé avec l’homme de Dieu. Le père Don Habib se prononce également sur le procès de Yodé et Siro et annonce une aumônerie pour les artistes.

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Quand le zouglou chante Dieu” est votre dernier ouvrage en date. Comment l’idée vous est venue ?

L’ouvrage qui a précédé la présente parution est « La messe et les chants sacrés ». Il était question de proposer une réflexion sur la base de la liturgie et de la pastorale pour aider les chrétiens en général et les choristes en particulier à bien vivre et chanter ce qu’il célèbre, c’est-à-dire la messe et à savoir que cela constitue un trésor et un creuset de grâces. Aujourd’hui, par cette aventure scripturaire avec le zouglou sur la base du binôme foi et culture, je veux faire savoir à tous, singulièrement aux acteurs du monde de la culture ou encore du showbiz que l’Eglise s’intéresse à eux. D’ailleurs parmi eux, il y a certains qui sont catholiques, d’autres qui veulent le devenir et d’autres encore qui ne le sont plus. Ils ont donc besoin d’être aidés et accompagnés surtout spirituellement dans ce qu’ils font comme métier. C’est la pastorale catégorielle que l’Eglise assure à l’endroit de ses fils en fonction des secteurs d’activités qui m’a poussé à écrire ce livre et au regard du caractère très sensible du monde artistique et culturel, le showbiz précisément. Et le zouglou en tant que musique identitaire m’a séduit pour mener la réflexion.

Dans les grandes lignes, qu’est-ce que vous voulez faire passer comme message à travers cet ouvrage ?

Dieu est dans le beau, le bon, l’ordinaire et la vérité. Dieu peut se dire au travers de tout ce que nous faisons en référence à la vérité et à la conscience droite. Notre culture a besoin d’être valorisée en faisant ressortir ce qui est bon, en relevant ce qui est moins bon pour l’améliorer, le purifier et en rejetant ce qui n’honore pas Dieu et la dignité de la personne humaine. Je pense et j’en suis certain parce que j’en ai fait l’expérience avec les jeunes de ma paroisse. On peut se servir du zouglou pour évangéliser ; mais en même temps le zouglou a besoin d’être évangélisé. On ne peut pas et on ne doit pas introduire le zouglou dans une action liturgique, par contre, on peut l’introduire dans des rencontres de jeunes, ou des activités extra-liturgiques. Le synode des jeunes (2019) dit ceci : « La musique est un langage essentiel pour les jeunes : elle constitue l’arrière-fond sonore de leur vie, dans laquelle ils sont constamment plongés, et elle contribue au parcours de formation d’une manière quasi universelle, bien que l’Eglise appréhende rarement son importance.

Le message qu’il me semble important et opportun de révéler est qu’il n’est pas bon à priori de cataloguer ni stigmatiser le zouglou.

La musique fait ressentir des émotions qui ont aussi des effets physiques, ouvre des espaces d’intériorité et aide à les rendre communicables… ». Le message qu’il me semble important et opportun de révéler est qu’il n’est pas bon à priori de cataloguer ni stigmatiser le zouglou. En effet, il faut avoir toujours à l’esprit la clé d’appréciation d’une musique à savoir : la mélodie, le texte et le rythme. En s’appuyant sur cette trilogie, on découvre que le zouglou a de la matière, une profondeur. Cette musique est à encourager, valoriser et vulgariser. Aujourd’hui, parlant de carrière musicale et de son esprit, le zouglou a 30 années d’existence. La réflexion doit être menée sous différents angles à savoir : spirituel, théologique, anthropologique, sociologique, ethnologique… Certes, nous devons chanter et danser avec cette musique, mais nous pouvons nous en servir pour construire une société dynamique avec des hommes nouveaux et vivants.

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Le père Don Habib Marcellin

En tant que prêtre, racontez-nous votre rapport avec le zouglou ?

Ce que je peux dire ici, c’est que je suis un amoureux de la musique en général et de la musique religieuse en particulier en l’occurrence les chants sacrés. Mon rapport avec le zouglou est comme celui de tout ivoirien conscient de valoriser et d’aimer ce qui fait son identité culturelle. Le zouglou, c’est la Côte d’Ivoire tout comme le reggae, c’est la Jamaïque etc. Nous devons en être fiers. J’écoute souvent le zouglou en voiture, à mes temps libres… Je me sers parfois du langage qui sous-tend le zouglou pour m’adresser aux jeunes et aussi pour les comprendre. J’ai des amis et fils spirituels dans le milieu zougloutique. Cette réflexion est une aubaine, pour moi, pour leur dire que j’apprécie ce qu’ils font, mais en même temps une invitation à s’inscrire et à rester dans le sens de la vérité, du travail, de la morale, de la foi en Dieu, de la fidélité à l’esprit de communion, d’équipe, de solidarité, de famille…

Le zouglou qui est vu comme une musique profane résultant du monde, devrait-il se voir célébrer par un prêtre ?

Je ne célèbre pas le zouglou. C’est DIEU autrement dit la VERITE que je veux qu’on mette en avant ou au cœur de tout ce qu’on fait. D’ailleurs, l’appel en creux de ma réflexion est perceptible dans ce que j’appelle conseils-prescriptions en 10 comprimés, qu’on pourrait aussi appeler, sans prétention aucune, les 10 commandements du zouglou. J’en parle largement dans mon livre. Tout zouglouphile doit pouvoir le lire.

Pour coller à l’actualité, vu qu’on parle de zouglou, comment avez-vous vécu le procès des artistes Yodé et Siro ?

Cela n’aurait pas dû être, vu la constance et l’engagement de ces artistes dans leur carrière musicale qui ne datent pas d’aujourd’hui. Le zouglou, en effet, est un langage ; et il est multiforme. Le volet engagement arrange et dérange. Il ne faut pas se réjouir quand ça arrange et condamner quand ça dérange. Le zouglou à ce niveau nous fait découvrir la versatilité de l’homme. Le zouglou nous apprend à vivre en regardant aussi dans le miroir…

Pour terminer, quel message fort aimeriez-vous faire passer ?

Merci pour l’opportunité que vous m’offrez pour parler de cette musique qui passionne, qui interpelle et qui nous ramène souvent de manière efficace à Dieu dans sa parole d’amour et de vérité. Mon message est en trois petits points. D’abord, un encouragement à tous les artistes du spectacle, en particulier aux zougloumen. Qu’ils sachent que l’Eglise est avec eux et s’intéresse à eux, à leurs œuvres. Les portes de l’Eglise leur sont ouvertes. En ce sens, le Cardinal Jean Pierre KUTWA nous envoie en mission, une équipe de prêtres, pour la création d’une aumônerie des artistes. Très bientôt, ils seront approchés et réunis. Ensuite, une invitation aux artistes à beaucoup travailler, à s’engager pour la perfection sans oublier Dieu qui donne sens et qualité à chacune de nos vies.

Ils n’ont pas pour mission d’emmener les gens à la perdition, ni à la mort

Ici, il ne s’agit pas d’une invitation pour qu’ils soient des chantres. Oh que non ! Mais plutôt à savoir qu’il doit avoir de la décence, la morale, la vérité, la justice, l’amour dans ce qu’ils font, chantent et disent. Ils n’ont pas pour mission d’emmener les gens à la perdition, ni à la mort. La musique adoucit les mœurs, dit-on. La musique, c’est le langage de la vie. L’artiste zouglou doit s’efforcer d’être un modèle. Il doit être aussi un éveilleur de conscience, un guetteur…Enfin, que la modernité n’étouffe pas pour finalement tuer les racines du zouglou surtout dans l’usage des instruments et de son langage de vérité, de dérision, d’humour et de valorisation de notre identité culturelle. Paix dans nos cœurs. Paix dans nos familles. Paix dans notre pays. Que Dieu nous bénisse. En zouglou, ça réussit toujours ! Que Dieu nous garde dans son amour et sa paix ! Merci !

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