L’engagement d’un citoyen lambda Ivoirien n’a jamais eu autant d’échos. Hassan Hayek a érigé l’entraide, la solidarité au rang de religion. Son quotidien, mobiliser des moyens afin de venir en aide aux couches les plus défavorisées. Par le canal du groupe qu’il a crée sur Facebook, “les bénévoles de premiers secours”, de nombreux cas sont traités. C’est, en outre, par l’intermède de ce forum que l’on a eu vent du viol dont a été victime la petite Grâce qui n’avait que trois ans. Dans cette interview, Hassan Hayek parle avec son cœur. Il évoque entre autres, ses réussites, les échecs essuyés dans cette aventure humaine. “J’ai perdu deux magasins dans cette histoire par manque de temps”, c’est dire combien son engagement lui vaut bien de sacrifices.

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Hassan Hayek, tes nombreuses actions de solidarité ne sont plus à énumérer. D’où t’est venu cet élan de vouloir aider les autres ?

Cet élan de vouloir aider les autres nous vient généralement de l’éducation que nous avons reçue et de ce que nous apprend la religion. La première chose que le seigneur nous enseigne, c’est le partage. Et c’est, ce que j’essaie de mettre modestement en application.

Ya-t-il eu un fait particulier, un fait vécu par un proche qui t’a amené à t’engager sur le terrain du social ?

Il n’y a pas eu de déclic particulier. J’ai grandi dans un environnement où le partage était le quotidien. Mon père et ma mère passaient leur temps à être au service des autres. Le fait d’avoir grandi dans une commune comme Adjamé a consolidé en moi cet élan de solidarité. Adjamé en dépit des clichés est une agglomération qui forge des personnes solidaires.

L’image que nous avons vue était choquante

Le fait d’actualité, c’est l’acte inqualifiable dont a été victime la petite Grâce. Comment as-tu vécu cet épisode ?

Grâce est un ange qui a été rappelé à Dieu. Nous avons eu échos de sa situation par le truchement d’une bénévole qui était à Dimbokro à la faveur de la visite du président de la République. Elle m’a appelé à 6 heure du matin pour m’informer du cas de la petite. Nous avons fait dépêcher sine die une ambulance afin qu’elle soit transférée au CHU de Cocody. A son arrivée, l’image que nous avons vue était choquante. Les parties intimes de Grâce étaient hors de son corps. Les médecins ont fait ce qu’ils pouvaient. Malheureusement, Dieu en a décidé autrement.

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On a vu le récit assez cru du reste que tu as fait à propos de cette affaire lorsque Grâce devait se faire opérer. Avais-tu besoin d’utiliser des mots aussi durs ?

Oui, il le fallait. Je n’ai écrit que ce que j’ai vu. Nous sommes arrivés à un moment où il faut malheureusement choquer afin que les choses bougent. La petite a été victime d’un viol d’une telle cruauté qu’il fallait décrire les choses ainsi. Je n’ai rien exagéré du tout.

Qu’en est-il à ce jour de l’auteur de ce « crime »?

Les parents n’ont aucune idée sur l’identité de la personne qui a commis cet acte ignoble. Mais les autorités m’ont rassuré que tout était mis en œuvre pour pouvoir débusquer le coupable. Et pour cela, je leur fais entièrement confiance.

Dit-on souvent en Afrique, « on ne fait rien pour rien ». Est-ce ce qui se cache derrière ces actions que tu mènes ?

Ce n’est pas seulement qu’en Afrique. Cela se voit partout dans le monde. Lorsqu’une personne s’engage dans une œuvre sociale, l’on se dit tout de suite que cette personne aspire à un poste politique. Mais dans le cas échéant, il y’a une exception. Et je voudrais bien être celle-ci. Je suis de nationalité libanaise. Partant de là, je connais ma place. Et pour cela, je ne vais au grand jamais me lancer dans la politique en Côte d’Ivoire. Je suis le ministre de Dieu, et ce poste me suffit largement. Je ne ferai jamais de la politique et je ne me permettrai jamais de berner mes followers, car nous sommes devenus une famille.

Pour le moment, c’est moi qui dépense

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Tu ne tires pas profit d’une manière ou d’une autre de ces actions ?

Tirer profit ? …Frère, j’ai déjà perdu deux magasins dans cette histoire par manque de temps. Je n’arrive plus à suivre mon restaurant, c’est un choix que j’ai fait. La seule chose dont je bénéficie, c’est juste qu’aujourd’hui, cet engagement m’a permis de tisser des relations, mais qui sont mises au profit des personnes qui ont des problèmes. Peut être qu’avec le temps, j’aurai des contrats publicitaires et bien d’autres avantages. Mais pour le moment, c’est moi qui dépense. Heureusement que mes bénévoles m’aident avec les différentes cotisations, sinon à mon niveau, je commence à tirer sur la corde. Mais, il y’a Dieu dedans.

Tu as reçu une décoration du ministère des affaires sociales. Qu’est-ce que cela t’a fait ?

Oui bien évidement, cette décoration est une fierté comme vous pouvez l’imaginer. Mais je l’ai reçue suite aux actions posées lors des inondations survenues dans la commune de Cocody et non au titre du groupe “Bénévoles de premiers secours”. Au moins avec cette décoration, qui est pour tous ceux qui ont contribué à de telles actions, je tiens à le signaler. Parce que ça été un travail d’équipe, il y’a forcément une énorme fierté. Nous avons là aussi la confirmation que les autorités suivent ce que nous faisons.

L’un des actes forts de ces élans de solidarité que tu aies eu à poser qui te reste à jamais gravé dans la mémoire

Il y’a eu tellement de cas que nous avons traité depuis 15 ans, mais le cas de Mikou reste quelque chose qui me fascine jusqu’à ce jour. Il avait “un lymphome du Burkitt” qui avait presque eu raison de lui, mais nous avons lutté avec les médecins et il s’en est sorti.

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Merci de nous faire partager un témoignage, un coup de gueule, un coup de cœur, et si possible des regrets si tu en as…

A titre de témoignage, je dirais qu’aujourd’hui, j’ai la facilité d’appeler des autorités pour faire bouger les choses et elles répondent favorablement. Nous arrivons à faire bouger les choses et je suis tellement heureux. Je suis fier de recevoir des dons de 100 francs Cfa qui me font couler des larmes parce que de tels gestes nous rassurent que le travail paye et que le message passe. Mon coup de gueule, il faut que des sensibilisations se fassent à l’intérieur du pays. Il faut que les parents arrêtent de croire que chaque maladie est un sort. Ils cachent les enfants et après, il est trop tard.

Mon coup de cœur, c’est que je reçois aujourd’hui des dons de pays que l’on ne pouvait jamais imaginer. Le cas de l’Australie, la Chine… Des regrets, oui et cela me ronge. L’année passée, j’ai eu un cas que le plateau technique ivoirien ne pouvait traiter. La personne ne pouvait être soignée q’au Liban, mais nous avons eu peur de l’envoyer dans ce pays, de peur qu’elle y meurt et que l’on dise que “voilà, il a sacrifié l’enfant”. Malheureusement, j’ai laissé partir la personne et elle est décédée au final.