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La visioconférence du président Alassane Ouattara, mardi 12 mai, avec le premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, actuellement à Paris pour un «contrôle médical» commence à livrer ses secrets. Sous les projecteurs des médias, le scénario a bien fonctionné : le président de la République ‘’rencontre’’ par visioconférence le premier ministre. Au menu, d’abord transmission des salutations du président et du gouvernement au convalescent. Ensuite, les assurances de celui-ci sur son état de santé. Et enfin, ‘’séance de travail’’ sur la mise en œuvre du plan de riposte sanitaire et soutien économique, social et humanitaire de la Côte d’Ivoire face au Covid-19. En point de mire, cette apparition vidéo du chef du gouvernement ivoirien vise à mettre fin à la vague de rumeurs qui secoue les médias depuis son départ en France de ce qu’il serait très mal en point. Hors caméra et appareil photo, le huis-clos qui se tient dans le bureau de la résidence du Président à Abidjan-Cocody n’est pas à la joie des retrouvailles. Et pour cause, de sources proches de la présidence et de la famille Gon, en réalité, depuis la nuit du 2 mai où Amadou Gon est évacué en France, Alassane Ouattara s’est toujours tenu informé de la situation en temps et en heure.

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Albert Mabri Toikeusse, son sort scellé lors de la visioconférence Alassane Ouattara-Amadou Gon Coulibaly ?

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Ce ne serait donc pas la première fois que le président ‘’contactait’’ son premier ministre par vidéo. D’ailleurs, assurent nos interlocuteurs, même la veille et dans la matinée, le président avait tenu à « voir » le Premier ministre – histoire de s’assurer de sa bonne mine – avant le démarrage du volet public de la séance vidéo. Ainsi, passé le show public pour taire les rumeurs sur l’état de santé du Premier ministre, la visioconférence du 12 mai avait un menu secret : le « bouclage de certains dossiers en suspens, surtout le cas Mabri », croit savoir notre interlocuteur qui nous assurait, une semaine plus tôt, que « Mabri tente de retaper le tabouret qu’il a lui-même cassé, mais ça ne passera pas…». A six mois des élections présidentielles, le président sortant Alassane Ouattara qui a déjà mis en place la machine électorale pour assurer sa succession – la victoire du RHDP –, estime qu’il faut déboulonner toutes les pièces qui ne garantissent pas le bon assemblage ou la bonne marche de l’appareil RHDP. Il est totalement en phase avec son premier ministre.

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Albert Mabri Toikeusse-Un destin scellé à jamais ?

Au nombre des pièces à problèmes, Albert Mabri Toikeusse, ministre RHDP de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. « En 10-15 minutes, son cas a été réglé. Le Premier ministre qui suivait ce dossier depuis bien avant son problème de santé a eu le temps d’y réfléchir là-bas à Paris. Il y avait quelques détails à régler concernant la pièce de rechange. Ça a été réglé, ce mardi-là », assure notre interlocuteur. Vrai ? Faux ? Simple coïncidence ? Toujours est-il que moins de 24 heures après la visioconférence, ce mercredi 13 mai matin, Albert Toikeusse Mabri a été sorti du Gouvernement à la suite du réaménagement effectué par Alassane Ouattara. «Cette fois, c’est la dernière. Il ne viendra plus jamais jouer les trouble-fête au RHDP », annonce notre interlocuteur, un cadre du RHDP. Avant de s’offusquer : « En décembre 2017, le président Ouattara avait dû se séparer de lui à cause de son jeu de trouble-fête pendant les élections législatives, avant de le rappeler après. Mais cette fois, il s’agit de l’élection présidentielle. L’enjeu est trop sérieux, quand on sait ce qui s’est passé en 2010, pour tolérer la présence de girouettes dans l’appareil RHDP. Même à une semaine des élections, il ne sera jamais trop tard pour éjecter un grain de sable qui risque de gripper la machine en pré, pendant ou post élection. Et ça va continuer ainsi…».

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Albert Mabri Toikeusse, il a payé cher sa fronde lors du conseil politique du RHDP

A six mois des élections, il est clair qu’au RHDP, l’heure est au resserrement des rangs. Mais surtout à l’épuration de la machine de tous les obstacles internes à la candidature d’Amadou Gon Coulibaly. En quelques semaines, deux grandes figures du mouvement ont fait les frais de cette détermination. Jeudi 12 mars 2020, Amadou Gon Coulibaly est désigné candidat du RHDP à la Présidentielle de 2020. Marcel Amon-Tanoh ne cautionne pas le mode de désignation du candidat du parti au pouvoir. Il boycottera le Conseil politique du Parti unifié. Avant de rendre, une semaine après, sa démission du ministère des Affaires étrangères. Albert Mabri Toikeusse, lui, assiste au Conseil politique du parti présidentiel. Avant de saisir l’occasion de sa prise de parole, pour dénoncer ouvertement le mode de désignation d’Amadou Gon Coulibaly. « Je suis un homme de conviction et je préfère dire ce que je pense… Ne prenons pas des engagements d’une heure dans une salle, qui par la suite, ne refléteront pas la réalité sur le terrain », avait-il lancé. Alassane Ouattara se sent « trahi ». Il estime que le président de l’UDPCI a eu tout le temps et les occasions de le voir en tête à tête pour vider ce « contentieux ».

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La quasi-totalité du Bureau politique qui a adoubé Amadou Gon est de son avis : Mabri a franchi le rubicon. On rappelle son attitude similaire lors des élections législatives en 2017. C’est le début d’une ‘’guerre’’ pour éjecter ce « mauvais grain » des semences RHDP. Informé, et en mauvaise posture, Mabri entame alors des négociations avec ses camarades du pouvoir. Dans cette dynamique, il pondra un communiqué signé de son parti l’UDPCI, à la suite d’une réunion avec certains cadres pour prendre officiellement et publiquement « acte de la candidature d’Amadou Gon à la prochaine présidentielle ». Trop peu pour retaper son « tabouret cassé ». A la Direction exécutive du RHDP, on juge intolérable que Mabri continue de tenir des réunions de son parti, en flagrante violation des textes qui ont fondu l’UDPCI dans le parti présidentiel depuis le congrès constitutif des 25 et 26 janvier 2019. Ce mercredi 13 mai signe donc l’épilogue d’un long feuilleton à multiples rebondissements dont le générique avait été lancé en 2017. Bouté hors de l’appareil RHDP, avec tous les serrages de vices qui s’en suivent et face à son grand rival, Albert Flindé qui vient de faire une entrée en fanfare au gouvernement RHDP, il y a comme un chant du cygne sur les rives des ambitions présidentielles de Mabri Toikeusse. À moins que…

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