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L’image était trop forte pour être fortuite : dimanche 26 juillet, Alassane Ouattara reçoit chez lui une forte délégation du Sud-Comoé, conduite par le ministre de la Santé, Eugène Aka Aouélé. Le message des têtes couronnées se voulait clair et concis, comme pour ne laisser place à aucune possibilité de retournement de situation : « Deux de nos frères vous ont abandonné sur la route. Nous sommes avec vous. Toutes les populations vous apportent leur soutien malgré le départ de ces deux frères. Ne nous jugez pas par rapport aux comportements de nos frères. Nous ne vous trahirons pas ». Et le timing millimétré comme du papier à musique était parfait : nous sommes à 72 heures du Bureau politique du RHDP prévu le mercredi 29 juillet pour « analyser l’évolution de la situation politique ». Et comme par hasard, cela faisait également 72 heures que Marcel-Amon-Tanoh avait officiellement déclaré sa candidature à la Présidentielle du 31 octobre, alors que ses anciens camarades sont encore à retourner la question dans tous les sens après le décès brusque du candidat Amadou Gon Coulibaly. Mais qu’à cela ne tienne ! En attendant de présenter officiellement le remplaçant du défunt Premier ministre, le Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP) peut se targuer d’avoir réglé le problème posé par deux illustres fils de la région du Sud-Comoé qui ont quitté le navire en pleine tourmente.

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Présidentielle-Aventure improbable pour Marcel Amon Tanoh

Démissionnaires du ministère des Affaires étrangères pour l’un et du poste de Vice-Président de la République pour l’autre, Marcel Amon Tanoh et Daniel Kablan Duncan ont été purement et simplement amputés du soutien qu’ils espéraient de leurs pères, dignitaires coutumiers et autres cadres de la région, dans leurs nouveaux projets. Maître d’œuvre de cette opération, Eugène Aka Aouélé, par ailleurs Président du Conseil régional du Sud-Comoé, peut dormir du sommeil du juste. En attendant la réunion du 29 juillet à laquelle il devrait se rendre, vêtu de la fierté du devoir accompli. Mais aussi et surtout de victoire sur deux cadres présentés comme des poids lourds de la région. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les choses s’annoncent déjà compliquées pour le premier, Marcel Amon Tanoh. Lui qui a déjà mis le pied dans le plat en déclarant ses ambitions de briguer la magistrature et en taclant au passage le régime de son ancien patron. Marcel Amon Tanoh va devoir faire face à l’épreuve du terrain dominé par de véritables machines électorales. Ouverte le 16 juillet dernier, la période de dépôt des candidatures officielles pour l’élection présidentielle s’achèvera le 31 août prochain. Selon le nouveau mode opératoire connu de tous, chaque candidat doit fournir un dossier complet, enrichi de milliers de signatures de parrainages. Officiellement, ce nouveau système vise, selon Ibrahim Coulibaly, le président de la CEI, à « éviter les candidatures fantaisistes ». Et là, à un mois de la clôture des dépôts de ces précieux documents, Marcel Amon-Tanoh risque bien de faire les frais de cette épreuve du terrain, véritable système de sélection naturelle dans la recevabilité ou le rejet d’une candidature.

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En effet, si les formations comme le RHDP, le PDCI, l’UDPCI ou même le FPI peuvent compter sur leurs réseaux d’élus locaux outillés et financièrement soutenus, pour piloter ou accélérer le processus comme c’est le cas depuis quelques jours avec les mobilisations tous azimuts au chevet du RHDP, les « petits candidats », eux, vont devoir retrousser les manches et suer sang et eau. Sans pour autant garantir le succès de leurs démarches. Résultat, « cette affaire de parrainage » donne du fils à retordre à la « petite équipe » d’Amon Tanoh. « Le principe dit que chaque candidat doit obtenir les signatures d’au moins 1% des électeurs dans la moitié des régions. On doit donc parcourir 16 régions sur les 31 que comptent le pays et là-bas, dans chacune des régions, on doit recueillir les signatures d’1% du corps électoral », éclaire ce proche de l’ex-ministre des Affaires étrangères d’Alassane Ouattara. Dans la pratique, révèle l’homme, « il s’agit clairement d’une pré-campagne avec tout ce que cela suppose comme organisation. Et pour bien battre campagne et recueillir le nombre de signatures qu’on demande, il faut les moyens ». Outre les moyens humains et financiers, la charité bien ordonnée et la stratégie de la géopolitique très implantée dans le pays depuis l’avènement du multipartisme en 1990, demande donc que le candidat commence chez lui, dans sa région. Le Sud-Comoé vient d’envoyer sa réponse officielle à Marcel Amon-Tanoh. « Même pour Duncan, c’est grillé, les parkings sont gérés, bouclés… » lâche, un brin fier, ce cadre RHDP d’Aboisso, sûr de son fait. Lors de sa démission, le 13 juillet dernier, le député de Grand-Bassam et fondateur du mouvement PDCI-Renaissance avait assuré que « cette philosophie (houphouëtisme) est, et restera notre boussole et notre ligne de conduite ». Et même s’il n’a pas encore annoncé une éventuelle candidature, cette phrase fait dire à des observateurs que l’ex-vice-président avait un agenda secret cousu des fils de ses ambitions présidentielles.

La réalité des parrainages selon les différents partis politiques

Au PDCI, la machine de collecte des signatures pour le dossier de l’ancien président Henri Konan Bédié est déjà prête. Le Vieux parti bien implanté sur toute l’étendue du territoire, surtout dans les régions du Sud, de l’Est et du Centre affiche sa sérénité. « Il n’y aucune difficulté pour obtenir ces parrainages citoyens », assure un cadre du PDCI. Pareil au RHDP où, même sans candidat déclaré à ce jour, l’on est sûr de « boucler ce dossier en 48heures », selon cette responsable des femmes RHDP en charge d’une des 13 communes du district d’Abidjan. Au FPI, avec un président officiel, Affi N’Guessan et un chef indéboulonnable porté par les « Gor » [Gbagbo ou rien, NDLR], la situation semble plus alambiquée : quel candidat indiquer sur la fiche de parrainage ? La CEI acceptera-t-elle deux fiches différentes de parrainages ? Alors que les « GOR » attendent toujours la confirmation du retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, Pascal Affi N’Guessan, de son côté, a déjà affirmé ses intentions et les choses devraient se confirmer début août pour lui permettre de déposer ses dossiers dans le délai. Mais à 3 mois du scrutin, des points de désaccord subsistent toujours entre pouvoir et opposition, notamment au sujet du fichier électoral et de la composition de la CEI. Dans sa décision rendue depuis Arusha le 15 juillet 2020, la Cour Africaine des Droits de l’homme et des peuples (Cadhp) ordonne à l’État ivoirien d’organiser de nouvelles élections dans les CEI locales avant la tenue de la présidentielle. En attendant, l’institution en charge de l’organisation du scrutin, est déterminée à respecter les délais communiqués. Selon le nouveau code électoral, outre le dossier de « parrainage citoyen », le candidat à l’élection devra s’acquitter d’une caution de 50 millions de FCFA. Le délai de réception des candidatures, expire 60 jours avant le scrutin, soit jusqu’au 31 août 2020. Le Conseil constitutionnel arrête et publie la liste définitive des candidats quarante-cinq (45) jours avant le premier tour du scrutin prévu le 31 octobre 2020.

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