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C’est une grosse explosion de joie et de soulagement qui a balayé les côtes des cadres et autres dignitaires du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) dans la soirée du jeudi 6 août. Comme ils l’ont réclamé lors de leur dernier Conseil politique, et comme annoncé par Actu People le 21 juillet sur la base de confidences échappées du conclave tenu à Korhogo en marge des obsèques d’Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara est candidat à sa propre succession pour un troisième mandat à l’élection présidentielle d’octobre 2020.

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Alassane Ouattara s’est appuyé sur une nouvelle constitution pour un nouveau mandat

Six jour après la nomination d’Hamed Bakayoko au poste de nouveau Premier ministre, comme convenu, le président ivoirien a solennellement mis fin à toutes les spéculations, lors de son traditionnel discours à la Nation, dans la soirée du 6 août 2020, à la veille de la célébration de l’Indépendance du pays. « Je suis donc candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 », a-t-il tranché. Si la décision finale d’Alassane Ouattara était en effet très attendue depuis le décès de son Premier ministre et candidat désigné, Amadou Gon Coulibaly, le Président sortant évoque surtout un « calendrier (…) très serré, à peine trois mois avant l’élection présidentielle » pour justifier sa candidature à un trosième mandat. Aussi, selon lui, « les défis auxquels nous sommes confrontés pour le maintien de la paix, la sécurité nationale et sous-régionale, ainsi que la nécessité de juguler la crise sanitaire ; le risque que tous les acquis, après tant d’efforts et de sacrifices consentis par toute la population, soient compromis ; le risque que notre pays recule dans bien des domaines ; tout cela m’amène à reconsidérer ma position ». Outre le « cas de force majeure et par devoir citoyen », Alassane Ouattara prend aussi et surtout appui sur les textes fondamentaux de la Côte d’Ivoire.

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À cet effet, il déclare que la nouvelle Constitution l’autorise à se présenter pour un nouveau mandat qui ne devrait pas être compté comme un mandat supplémentaire après ses deux premiers mandats. Nouvelle Constitution et donc tout nouveau et premier mandat de la troisième République. C’est sur ce point que le thermomètre des inquiétudes exprimées depuis le début par la multitude des observateurs et adversaires du régime d’Abidjan prend l’ascenseur. À suivre les opposants au troisième mandat et autres détracteurs du régime d’Abidjan, depuis jeudi soir, le RHDP vient de s’ouvrir un boulevard (juridique) pour pousser le moteur jusqu’à quatre mandats. Voire plus pour le président Alassane Ouattara ! « Je voudrais vous informer que si nous commettons l’erreur de laisser Alassane Ouattara s’installer de nouveau au pouvoir en Octobre, il fera quatre mandats. Je dis bien quatre mandats, puisque ses [partisans] disent que son mandat de 2020 ne sera que le premier mandat de la troisième République. En conclusion, si nous le laissons réaliser ses ambitions, [Alassane Ouattara] fera 20 ans au pouvoir », a aussitôt alerté, quelques minutes après son discours, El Hadj Mamadou Traoré, ex-cadre du RDR désormais proche du GPS.

Alassane Ouattara veut s’éterniser au pouvoir

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Selon le collaborateur de Guillaume Soro qui avait déjà annoncé la candidature du président sortant, si le schéma ainsi annoncé permettait à Alassane Ouattara de rempiler pour un troisième mandat, il faut craindre le pire. « Il le fera jusqu’à sa mort, puisqu’au deuxième mandat de la troisième République, il fera changer la Constitution pour mettre en place une quatrième République. Si on n’y prend garde, il gouvernera pendant 30 ans, comme l’a fait Houphouët qui est sa référence politique », avertit l’ancien Directeur de l’Institut national de la formation social (INFS). Outre la notion de troisième mandat qui passe mal, la nouvelle crainte des opposants porte maintenant sur ce qui s’annonce déjà comme une jurisprudence. Et qui pourrait permettre ainsi au président sortant de porter le costume de son modèle politique, Houphouët-Boigny, en passant ‘’légalement’’ jusqu’à 30 ans au pouvoir. Et comme s’ils s’étaient passés le mot, l’artiste Frédéric Ehui Meiway semble habité par le même pressentiment et l’a exprimé. Dans une adresse à Alassane Ouattara, quelques minutes après son discours, jeudi soir, l’artiste s’est aussi insurgé contre « ce 3è mandat qui sera le mandat de trop ». Tout en mettant en garde le président sortant contre la « tentation et à l’éternité politique ». « C’est, ce pourquoi nous devrons utiliser tous les moyens démocratiques pour le faire plier […] Hier, Alassane Ouattara a dit que l’homme propose et que Dieu dispose. C’est pourquoi il se sent obligé de revenir sur ses engagements. Prenons-le au mot. Il nous a proposé sa candidature. À nous de lui montrer que nous n’en voulons pas », souhaite vivement Mamadou Traoré, au moment où son leader du GPS, Guillaume Soro, fait également face au retrait de son nom sur la liste électorale. Au demeurant, bien plus que le troisième mandat, depuis le jeudi soir, on peut le dire, c’est aussi et surtout le spectre d’une ‘’éternité’’ d’Alassane Ouattara ou du RHDP au pouvoir qui nourrit désormais les craintes partagées en ce moment par la quasi-totalité des opposants, à l’instar de Mamadou Koulibaly, Henri Konan Bédié, Mabri Toikeuse, Danièle Bony Claverie et bien d’autres.