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Si tout se passe comme annoncé, Abidjan devrait connaitre une ambiance assez mouvementée, le jeudi 13 août. Ce sera à l’occasion des marches éclatées que compte organiser, ce jour-là, le mouvement Alternative citoyenne ivoirienne (ACI), contre un troisième mandat du président sortant, Alassane Ouattara. A l’occasion de la conférence de presse tenue ce 10 août à Abidjan, la présidente de l’ACI, Pulchérie Gbalet a réaffirmé la détermination du« peuple de Côte d’Ivoire fatigué des intrigues et de la méchanceté orchestrée par M. Ouattara ». Dans cette dynamique, cette organisation de la société civile, appelle à des marches éclatées des populations sur toute l’étendue du territoire ivoirien, à compter du jeudi 13 août, pour dire non à la candidature du président Alassane Ouattara à l’échéance du 31 octobre prochain. l’ACI a été rejointe dans son initiative depuis hier par les partis de l’opposition Ivoirienne.

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Marches éclatées- La société civile et l’opposition face à Alassane Ouattara

Pour Pulchérie Édith Gbalet, cette candidature est « illégale » au regard des textes de la Constitution ivoirienne de novembre 2016. De plus, « annoncer sa candidature à une date historique qui marque l’indépendance de la Côte d’Ivoire est une insulte non seulement aux compétences de ses propres militants, mais aussi à l’intelligence, au patriotisme des Ivoiriens en général », a-t-elle dénoncé, appelant l’ensemble des populations ivoiriennes à descendre massivement dans les rues pour manifester leur opposition. Au titre des dispositions de sécurisation de la marche, Pulchérie Gbalet souligne que « notre combat est pacifique et légal. C’est pourquoi nous avons écrit au ministre de la Sécurité ainsi qu’au ministre de la Défense pour que les dispositions soient prises pour encadrer cette marche ».

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Dans cette même dynamique de la fatwa lancée contre la candidature déclarée d’Alassane Ouattara, l’opposition est entrée en scène. Objectif : réaliser ce mélange de genre société civile-politique qui a déjà fait ses preuves dans de nombreux pays. « À l’exemple actuel du Liban en pleine révolution qui est en train de faire sauter un régime », selon ce cadre UDPCI qui a récemment acté sa sortie du RHDP au profit de son mentor Albet Mabri Toikeuse. Au PDCI-RDA, FPI, UDPCI, PIT, MFA, LIDER…, le moins que l’on puisse dire, dans la soirée du 10 août, à quelque 72 heures du rendez-vous fatidique, l’heure était à la réflexion sur « la nécessité de l’union sans exclusive de toute l’opposition politique pour mener de façon coordonnée des actions de contestation démocratique et républicaine », pour emprunter les mots de Jean Bonin Kouadio. Un cadre du Front populaire ivoirien, proche de Pascal Affi N’guessan, et l’un des fervents partisans d’une coalition de l’opposition pour arriver à faire plier le président Alassane Ouattara. Dans une contribution à cet effet et dont nous avons reçu copie, ce juriste qualifie de « sacrilège » la déclaration d’Alassane Ouattara, parce qu’il avait « en mars dernier, devant l’Assemblée nationale, réunie en congrès, annoncé qu’il ne se représenterait plus ». Aussi, s’est voulu des plus lucides sur les stratégies de combat à mettre en place pour se garantir des chances de faire plier le président sortant. D’autant plus que ce dernier, faut-il le rappeler, a l’avantage d’avoir encore la mainmise sur tout l’appareil étatique.

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Alassane Ouattara-Pression de la rue-La CEDEAO et la CADHP en embuscade

Ainsi, rappelle-t-il, « ce reniement, [Alassane Ouattara] le justifie par le prétexte du décès de l’ex 1er ministre, Gon Coulibaly, qui, manifestement à lui seul représentait la nouvelle génération du/au RDR. L’impréparation à la relève saute aux yeux. Or, c’est connu, il n’y a pas de vents favorables pour qui ne sait où et avec qui aller. N’empêche, c’est une question interne au RDR qui ne devrait avoir aucun impact sur l’application et l’interprétation de notre constitution. La parole donnée est sacrée en Afrique, elle est gage de sérieux et de fiabilité ». Aussi, pour le juriste, « face à une telle forfaiture, plusieurs voies s’offrent à l’opposition républicaine, dont celle de l’exaltation émotionnelle ; la plus mauvaise, car elle est l’expression d’une frustration et non une stratégie politique. Mais l’émotion est une énergie qu’il faut savoir positiver et dompter en la traduisant en force électorale ».En marge des actions sur le terrain donc, l’homme invite l’opposition à garder un œil attentif sur le volet juridique de la bataille. Et pour cause, selon Jean Bonin, « si Ouattara dépose sa candidature devant le Conseil Constitutionnel qu’il a mis en place et nommé, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’elle sera validée comme lettre à la poste ». Aussi, le juriste recommande-t-il de s’en remettre, dès maintenant et « rapidement, à des instances judiciaires plus crédibles et impartiales : les Cours de justice internationales. C’est le cas notamment de la Cour de Justice de la CEDEAO et de la CADHP. C’est la 1ère chose à faire », conseille-t-il vivement.Pour rappel, c’est grâce à la saisine de la CADHP que le PDCI-RDA et l’opposition ont déjà eu gain de cause sur la révision de la composition de la CEI centrale.

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“La candidature d’Alassane Ouattara a des points positifs pour l’opposition…”

Poussant la réflexion plus loin, le juriste, Vice-président du FPI, Porte-parole du candidat Affi, estime même que la candidature d’Alassane Ouattara possède des points positifs pour l’Opposition. « Cette candidature nous interpelle sur la nécessité de l’union sans exclusive de l’opposition. Soit nous allons en rangs serrés contre Ouattara et nous le battons, soit nous allons désunis et il gagne. Pas besoin d’être un génie pour comprendre une évidence aussi élémentaire. Cette candidature donne une ultime chance à l’union. Nous devons tous la saisir pour, ensemble, mener toutes actions de contestation démocratique et républicaine. C’est une exigence de bon sens et un impératif de sauvegarde de notre jeune démocratie. C’est la 2ème action à poser », a-t-il lancé. Avant d’appeler « tous les membres de l’opposition, à l’action. « Actons mais agissons, réagissons. Mais, faisons-le, intelligemment et alors le St graal de l’alternance politique apaisée s’ouvrira à notre pays. La Côte d’Ivoire qui a besoin de changements et de paix », croit-il. Au demeurant, depuis la soirée du 6 août, c’est peu dire que la déclaration de candidature d’Alassane Ouattara cristallise toutes les attentions et les émotions. Et ce n’est pas un secret qu’au RHDP, on s’y était préparé également.