On a vu récemment, maître N’dry Claver, avocat de Charles Blé Goudé, aux côtés de Yodé et Siro lors de leur procès dans l’affaire du procureur de la République. Avocat émérite, il a su défendre Charles Blé Goudé à la Haye, dans un collectif acquis à la cause du président du COJEP. Passionné, il a, à travers une publication, donné les raisons qui l’ont amené à embrasser le métier d’avocat. Aussi anodin que cela puisse paraître, tout commence alors qu’il n’a que 13 ans et qu’il regarde un film. L’intrigue de la production en question, va le marquer à vie au point d’éveiller en lui la vocation de devenir avocat. Voici son témoignage émouvant.

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Maître N’dry Claver-Pourquoi je suis devenu avocat : “Au-delà des hommes, c’est l’injustice que je ne supporte pas…”

Maître N’dry Claver-Avocat de Charles Blé Goudé

Le récit de Maître N’dry Claver : “Tu ne dois pas ignorer que ce que l’on est, s’explique bien souvent par des circonstances antérieures. En cela, notre passé n’est jamais une page blanche. Ma haine pour l’injustice a été causée. Je n’en avais pas conscience jusqu’au jour où ma mémoire par une introspection poussée m’a fait revivre le souvenir de ce film intitulé “Le pull-over rouge”. C’était en 1985. Une affaire de meurtre d’une jeune fille de huit ans appelée Marie Dolorès est au centre du film. Lors de l’enquête, un homme est arrêté. Son nom est Christian Ranucci. Son arrestation est motivée par quelques éléments qui laissent présumer qu’il a commis l’infraction.

Chaque fois que je fais face à une injustice, j’apparais comme une bête féroce sur la scène judiciaire.

Cependant, il y a des témoignages vacillants des témoins qui fragilisaient l’accusation. Des juges raisonnables auraient décidé normalement qu’il y avait des doutes sérieux de sa participation au meurtre de la petite Marie Dolorès. Mais il y a l’un des ennemis de la justice qui est rentré dans le prétoire: l’opinion publique. Sa pression dans l’affaire Ranucci fait céder la Cour. Christian est condamné à mort et guillotiné. J’étais jeune et j’ai vu cet homme marcher pour aller dans le couloir de la mort. Je pleurais. J’avais treize ans. Lorsque le film est terminé, j’ai demandé à mon cousin, Kouadio Privat comment est-ce qu’on appelait ceux qui étaient habillés en noir et qui avaient défendu Christian Ranucci ? Il m’a répondu : “Ce sont des avocats”. C’était décidé. Sur la base de cette blessure intérieure d’enfance, je venais de découvrir ma vocation. C’est pourquoi chaque fois que je fais face à une injustice, j’apparais comme une bête féroce sur la scène judiciaire. Au-delà des hommes, c’est l’injustice que je ne supporte pas”.