Il ne cache plus son envie de regagner son pays natal, la Côte d’Ivoire. Définitivement libre mais encore à La Haye, Charles Blé Goudé s’est confié à la chaîne Youtube, Actupeople.net. Dans un entretien exclusif, le président du Cojep est revenu sur ses rapports avec son mentor Laurent Gbagbo, les membres de son parti et a abordé la question de ses ambitions politiques en Côte d’Ivoire. Six mois après son acquittement définitif par la Cour Pénale Internationale, CPI, Charles Blé Goudé fait son come-back. Serein, confiant et surtout reconnaissant envers ses pairs, l’ancien ministre de la Jeunesse retrouve son public. C’était lors d’une interview exclusive (diffusée lundi 04 Octobre 2021 sur YouTube), qu’il a accordée à Guillaume Vergès, responsable du média ActuPeople. Même si un semestre s’est écoulé après sa libération totale, Blé Goudé s’en souvient comme si c’était hier. C’est toujours avec une vive émotion que l’ancien détenu de la CPI relate ses premières impressions après la décision finale des Juges.

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Le geste de soulagement que vous m’avez vu faire après mon acquittement le 31 mars 2021…

« Le geste de soulagement que vous m’avez vu faire après mon acquittement le 31 Mars 2021 était dédié à tous ceux qui m’ont soutenu. Des personnes même que je ne connais pas m’ont assisté, prié pour moi, souffert avec moi… Je n’oublie pas ma famille et mes collaborateurs qui ont subi l’humiliation pendant toute ma période de détention… C’était un long chemin mais un ouf de soulagement maintenant… », raconte Charles Blé Goudé. Ils sont donc finis les moments de trouble dans la prison sombre de La Haye. Après la pluie, vient le beau temps, nous dit le célèbre dicton de la Comtesse de Ségur. L’heure des beaux jours a désormais sonné pour le président du Cojep. Mais depuis ces derniers mois, Charles Blé Goudé cogite sur son retour en Côte d’Ivoire. Et l’attente devient de plus en plus longue pour le poulain de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo.

Charles Blé Goudé soumis à une obligation de pointage les mardis et vendredis à la Haye

« Les mardis et vendredis, je dois aller pointer à la CPI pour signaler que je suis encore là…pourtant je suis acquitté. Les week-ends, des amis, des collaborateurs et des communautés viennent me voir… On discute sur des sujets de notre pays… Quand ils s’en vont, je suis seul… La solitude n’est jamais facile à vivre. Je vis une situation assez difficile que je dois dominer… », explique-t-il. A propos de moments de solitude, Charles Blé Goudé en a encore vécu ces derniers jours. En effet, le 13 Septembre 2021, contre toute attente, l’ex-porte-parole du Cojep, Diaby Youssouf quitte le parti pour « rejoindre le nouveau projet politique » de Laurent Gbagbo et Nady Bamba. « Je ne veux pas en faire un débat… La transhumance politique, ce n’est pas nouveau en Côte d’Ivoire… Quand on quitte un parti qui n’est pas encore né, on peut parler de transhumance… Il faut respecter les positions des uns et des autres… La vie est faite de rencontres et de séparations… Nous sommes des leaders et nous devons respecter la position des collaborateurs, je leur souhaite bon vent… », souligne Blé Goudé, l’enfant de Guibéroua. D’après certaines indiscrétions, cette vague de départs au sein du Cojep n’est pas un hasard. Selon Patrice Kouté, un ancien collaborateur de Blé Goudé, leur ex-chef aurait tenu des propos acerbes contre Laurent Gbagbo au cours de plusieurs discussions privées : d’où son retrait du parti politique.

Charles Blé Goudé donne les sources de financement du COJEP

« Je ne reconnais pas ce tribunal donc je ne lui répondrai pas… Je laisse chacun être jugé par l’histoire, être jugé avec sa conscience… Le président Gbagbo, nous le critiquons tous, mais c’est parce qu’on l’aime… Ce que je dis devant les chaînes publiques pour lui donner son respect, c’est ce qui compte… Avec mes frères, on critiquait notre père (biologique) en privé… Mais cela ne faisait pas de nous l’ennemi de notre père… Le départ des collaborateurs m’a fait mal, mais j’accueille cela avec philosophie. Je ne les livre pas à la vindicte populaire », confie-t-il. Et d’ajouter : « Le président Laurent Gbagbo et moi, ce n’est pas un parti qui nous lie, mais une cause : la Côte d’Ivoire. Qu’on cesse de m’opposer à lui… J’ai toujours évolué à ses côtés comme une entité à part… Je n’ai jamais été dans son parti », rappelle Blé Goudé. L’auteur du livre « De l’enfer, je reviendrai » ne veut plus s’attarder sur les détails «inutiles ». Il souhaite faire son retour au pays natal le plus vite possible. Une fois sur place, Charles Blé Goudé veut se concentrer sur l’essentiel : s’organiser au mieux pour les futures échéances électorales en Côte d’Ivoire. « Je dispose de plusieurs moyens pour gouverner un jour mon pays la Côte d’Ivoire. D’abord, j’ai ma vision : cela va avec ma volonté et mon engagement. Deuxièmement, il y a les ressources humaines, notamment les responsables et les militants du Cojep. Ils ne lésinent pas sur les moyens pour le parti. Au contraire, ils se cotisent régulièrement pour sa bonne marche. C’est cet esprit de participation que j’ai enseigné au Cojep », conclut-t-il.