La Côte d’Ivoire pleure depuis le mercredi 10 mars, date officielle de son décès, la disparition du premier ministre, Hamed Bakayoko. Homme fidèle et loyal jusqu’au bout, il se désignait lui-même comme étant le disciple du président Alassane Ouattara. La générosité de l’homme est connue. Ses qualités sont reconnues. Il était apprécié de toutes les chapelles politiques en Côte d’Ivoire. Les jeunes l’adulaient. Self made man, journaliste de profession, il avait réussi à gravir les échelons de la marche sociale de par son abnégation. Outre ce côté angélique apprécié de tous, comme tout être humain, il avait également sa face cachée : “Dans la réalité, il existait dans le même corps deux Hamed Bakayoko. Il y avait l’effervescent, le bouillant, le truculent people Hamed Bakayoko que tout le monde connaît. Et il y avait l’autre Hamed Bakayoko que beaucoup de personnes y compris des proches ne connaissaient pas du tout . C’est un Hamed minutieux et méticuleux dans le travail, qui pouvait rester au bureau jusqu’à 03h du matin, stresseur devant l’Eternel, adepte du résultat immédiat, ultra et extra pragmatique, coléreux et volcanique”. Ce portrait ombrageux est dressé par Vincent Toh Bi Irié qui fut collaborateur très proche du premier ministre Hamed Bakayoko, pendant trois ans…”Avec Hamed Bakayoko, tout est urgent. Il faut lui produire son document avant que lui même y ait déjà pensé.

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“Ça ne vaut rien ! C’est quoi ce torchon ?”, juste parce qu’un mot ou une virgule manque. “Le courrier est terminé ?”, “Oui Mr le Ministre d’Etat”, “ce n’est pas cette réponse que j’attends, Tohbi. ça ne sert à rien de finir de rédiger un courrier en une minute si le destinataire ne le reçoit pas la minute d’après. Quand je demande si le courrier est terminé, je veux savoir si tu as joint le Ministre au téléphone pour confirmer avec lui s’il l’a bien reçu”. Dans ce descriptif de ce qu’était Hamed Bakayoko sur le plan professionnel, Vincent Toh Bi Irié ajoute : “Mes jours pénibles, les jours de Conseils des Ministres. Les dossiers arrivent souvent tard la nuit. Mais avant que le Conseil ne commence le matin vers 09h-10h, il faut avoir avec les Conseillers lu tous les dossiers et le cas échéant avoir formulé des observations sur chaque dossier. Il était Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, donc en transversale de presque tous les dossiers en Conseil des Ministres. Son Cabinet se devait donc d’être attentif à tous les détails des dossiers et de la vie du pays”. Hamed Bakayoko, le boulimique du travail, Hamed Bakayoko, le colérique, Hamed Bakayoko, le ministre, l’homme qui pouvait se méprendre d’un énarque ou d’un haut gradé de l’armée. C’est le cocktail qu’a décidé de servir Vincent Toh Bi en guise de témoignage à la mémoire de celui pour qui, dit-il : “Enfin pour terminer ce premier témoignage. Hamed Bakayoko était un grand travailleur, orienté vers le résultat concret et la satisfaction du public, avec un tempérament difficile et complexe dans la sphère de travail derrière les portes closes du bureau”.