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C’est le genre d’entretien que vous ne verrez jamais un sage du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) accorder aux médias. « Sagesse oblige », ironise D.T, la soixantaine bien tassée, « membre plein » du Comité des Sages du PDCI. À l’occasion d’une visite informelle ponctuée de petites confidences « entre un père et son fils », cet homme au commerce agréable s’est plu à lâcher quelques morceaux de « la vision et la vie du PDCI-RDA » qui méritent d’être partagés.

…ceux qui pensaient que le PDCI-RDA allait « jeter Henri Konan Bédié aux orties » et qui s’acharnent aujourd’hui à le « démonter »…

Fort de ses quatre décennies au sein du parti cher à feu Houphouët-Boigny, et plus de deux décennies dans l’instance du vieux parti, DT est convaincu d’une chose : ceux qui pensaient que le PDCI-RDA allait « jeter Henri Konan Bédié aux orties » et qui s’acharnent aujourd’hui à le « démonter » depuis qu’il a officiellement déclaré et accepté de briguer la magistrature suprême, brandissant son grand âge comme un handicap à tout point de vue, accusant le PDCI-RDA d’étouffer la transition générationnelle, devraient revoir leur copie s’ils connaissaient vraiment l’histoire et les secrets de la longévité de ce parti qui a « essuyé pas mal de vents contraires ». Et surtout, s’ils prenaient la peine de lire entre les lignes des (rares) discours du successeur du fondateur, Henri Konan Bédié. « Parce que la parole est sacrée, mais elle l’est deux fois plus quand elle sort de la bouche d’un chef », souligne-t-il.

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Le PDCI-RDA de Félix Houphouët Boigny à Henri Konan Bédié

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Sur la vie du PDCI, celui avec qui, nous avons échangé, évoque un parti « encré dans des valeurs que le père fondateur a su inculquer », qui « apprend beaucoup de ses erreurs », qui « accepte parfois de perdre ses feuilles », surtout, qui veille à ne « jamais perdre ses racines ». D’où l’importance que le vieux parti accorde à « rester toujours dans les textes qu’on se donne au niveau du parti, puis au niveau du pays avec la Constitution », insiste-il. Puis de rappeler qu’au temps d’Houphouët-Boigny déjà, « au moment où certains criaient sur tous les toits que la Côte d’Ivoire n’était pas un pays démocratique, nous n’avons pas eu besoin de déclencher des combats internes pour la succession du vieux. La question ne se posait pas, d’autant plus que la Constitution, à l’époque, avait déjà tranché : en cas d’absence ou d’incapacité du président de la république, le dauphin constitutionnel, n’était autre que le président de l’Assemblé nationale. Aussi simple ! ». Ainsi, c’est dans la droite ligne de cette « succession constitutionnelle » qu’Houphouët-Boigny prendra Henri Konan Bédié sous ses ailes. « Pour des cours particuliers, en marge des cours magistraux qu’il donnait à la multitude des militants »,révèle-t-il. « On n’avait pas besoin qu’il le crie sur tous les toits ou le chante tous les jours au concerné, c’était clair qu’il préparait sa succession », éclaire-t-il. Puis de glisser sur une pirouette humoristique : « Et je signale au passage que Bédié n’avait pas 86 ans à cette époque. Oui, lui aussi a été un jeune du PDCI, donc d’une autre génération que celle d’Houphouët, mais pas une génération pressée-pressée. Souvenez-vous qu’il a attendu plus de 20 ans dans l’antichambre sans jamais crier à la vieillesse d’Houphouët qui a atteint les 80 ans sous nos yeux ».

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La famille biologique d’Houphouët Boigny en ordre de bataille pour Henri Konan Bédié

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Pour autant, peut-on déduire, à la lumière de l’histoire du pays et des différents soubresauts politiques à travers le monde, que le PDCI n’a pas su faire sa mue ? Rien n’est moins sûr. Même si notre interlocuteur reconnait que la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, surtout dans un nouveau contexte marqué par « un multipartisme contestataire et une opposition ambitionniste » qui, selon lui, n’a pas hésité à « introduire le ver dans le fruit » en applaudissant le premier coup d’État de l’histoire du pays « comme un ‘’coup de pouce à la démocratie’’», ce souci de « rester toujours dans les textes qu’on se donne » et ne pas « perdre ses racines » est sans doute celle où le PDCI puise le plus de ressources intimes. Plus de 20 ans après avoir perdu le pouvoir sur un coup d’État, le vieux parti s’apprête à en donner encore la preuve.

La famille Houphouët, par mon truchement avec plusieurs autres personnes, vous pouvez être à l’aise pour dire que nous sommes tous aux côtés de Bédié

Le 26 juillet prochain, se tiendra la convention d’investiture du candidat du PDCI à Yamoussoukro. Même si pour l’opinion, la candidature d’un certain Kouadio Konan Bertin (KKB) passe comme un cheveu sur la soupe, c’est un secret de polichinelle qu’Henri Konan Bédié est le cheval du PDCI pour la présidentielle du 31 octobre prochain. Dans la droite ligne des préparatifs du rendez-vous de Yamoussoukro, la famille du fondateur du PDCI-RDA a tenu à donner sa position officielle sur la question. « La famille Houphouët, par mon truchement avec plusieurs autres personnes, vous pouvez être à l’aise pour dire que nous sommes tous aux côtés de Bédié », a déclaré Yohou Dia Houphouët, petit-fils du premier président de la Côte d’Ivoire, dans une sortie reprise par le site PDCI 24 citant le quotidien ‘’Dernière heure’’ du 25 juin. « Henri Konan Bédié est “l’héritier naturel” du Président Houphouët-Boigny. Il a été son dauphin pendant plus de 20 ans. C’est Houphouët qui a fait Bédié, Houphouët a enseigné tout à Bédié. Et dans la famille, Houphouët a dit à tout le monde que c’est Bédié qu’il faut suivre », a souligné le jeune cadre du PDCI. Puis de certifier : « On peut clairement l’affirmer ! La famille Houphouët apporte son soutien à la candidature du Président Bédié. Parce qu’il ne s’agit pas que de moi, il y’a aussi Tidjane Thiam qui avait l’opportunité de partir là où il voulait. Mais il a observé, analysé et il a vu que son parrain logiquement, c’est Bédié malgré qu’il ne soit pas au pouvoir ».

“C’est l’un des derniers combats d’Henri Konan Bédié”

Pour le petit-fils d’Houphouët-Boigny, « si aujourd’hui, le président Bédié veut reconquérir le pouvoir d’État, c’est par honneur. C’est pourquoi lors de sa dernière rencontre avec les membres du Bureau politique, les différents Secrétaires de sections, les membres du Grand Conseil, il a affirmé qu’il fera don de sa personne. Parce qu’effectivement, c’est l’un de ses derniers combats. Et c’est fondamental qu’au soir du 31 Octobre 2020, Henri Konan Bédié soit élu Président de la République de Côte d’Ivoire ». Dans la dynamique annoncée par Yohou Dia Houphouët, la convention de Yamoussoukro investira Henri Konan Bédié (86 ans), président du parti, dans un tandem avec Jean-Louis Billon (55 ans), Secrétaire exécutif chargé de la communication et de la propagande, désigné comme le Directeur de campagne de HKB. Avec pour slogan « Ensemble pour bâtir la Côte d’Ivoire de demain », si le PDCI-RDA rafle la mise au soir du 31 octobre, le Vice-Président de Bédié, à moins d’un chamboulement, devrait s’appeler Jean-Louis Billon. Outre l’ancien Président du Conseil régional du Hambol, un communiqué attribué à Bédié qui circule au sein du parti depuis le 20 juin, en marge de sa déclaration de candidature, annonce : « Tidjane rentre bientôt, nous sommes tous conscients de ce qu’il pourra nous apporter en terme de gouvernance […] Thierry, Djenebou, Bertin, Armand, Ismaël, Jean Yves, Kader, et bien d’autres sont là, ce ne sont pas les compétences pour bien gouverner qui nous manquent durant les cinq prochaines années ». Sans s’engager dans la polémique amorcée par certains médias sur le vrai auteur de ce communiqué, D.T rassure : « gardez à l’esprit les noms cités dans le communiqué, parce ce sont les successeurs de Bédié qui vont diriger la Côte d’Ivoire de demain, après la victoire du PDCI ».

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Jean Louis Billon-Vice président d’Henri Konan Bédié ?

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Ce ne sont pas des novices que le PDCI va jeter dans l’arène. « Chacun d’eux a un CV bien garni et a été préparé, parce que personne au PDCI encore moins Bédié, n’est dupe, on sait tous que d’une manière ou d’une autre, une autre génération devra prendre les commandes », rassure DT. Au demeurant, révèle-t-on, la difficulté pour le PDCI dans l’application de ce « schéma » mis en place depuis le divorce d’avec Alassane Ouattara et la sortie de Bédié du RHDP, réside dans le fait que le vieux parti tient vaille que vaille à « rester toujours dans les textes qu’on se donne » et ne pas « perdre ses racines ». Mais problème : le PDCI détient un ticket formé avec le FPI (tendance Laurent Gbagbo) qu’il pourrait utiliser contre le RHDP au second tour. Dans cette optique, Bédié a déjà annoncé que « si nous l’emportons, on pourra également compter sur les technocrates de premier plan que nous proposerons nos alliés ». Pour certains observateurs, en cas de victoire du PDCI, ce ticket risque de compliquer le positionnement de Jean Louis Billon comme vice-président et tous les autres cadres de la « nouvelle génération » du PDCI. Mais pour DT, « quelques petits aménagements dans le schéma établi » devraient régler la question du partage du gâteau.

Lorsque la mission sera accomplie, si les forces en cours de chemin me manquent, nous aviserons en accord avec la Constitution

En « restant, bien entendu, toujours dans les textes qu’on s’est donné dans le cadre de l’accord-cadre de collaboration signé le 30 avril ». Pour rappel, le samedi 20 juin, recevant les représentants des structures et des organes du PDCI, Henri Konan Bédié déclarait qu’il recevait « cette demande de candidature comme une mission de salut public découlant d’une attente forte de la base ». Mais le secret et le sens de la candidature de l’octogénaire tiendraient dans cette petite phrase contenue dans le communiqué distribué en marge de la cérémonie: « Lorsque la mission sera accomplie, si les forces en cours de chemin me manquent, nous aviserons en accord avec la Constitution ». Au demeurant, la candidature de Bédié vise à ramener le pouvoir au PDCI. Pas forcément de diriger. Et pour cause, sur la gouvernance, compte tenu de son grand âge dont il est lui-même conscient, le PDCI mise encore sur les textes que le peuple ivoirien s’est lui-même donné. « La Constitution a déjà tout prévu, si bien que c’est de façon presque naturelle que notre nouvelle génération prendra les rênes après la victoire du PDCI », rassure-t-on. Même si au PDCI -RDA, l’on est conscient que la messe est encore loin d’être dite.

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