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Ce 12 avril, je recevais en inbox un message de Nadège, chimiste de 34 ans en couple avec Malick, entrepreneur de 42 ans qui m’exprimait ses inquiétudes qui laissaient sous-tendre un cas de violences conjugales : “Je suis mariée, voilà 7 ans, avec Malick. Nous avons deux enfants (4 et 6 ans). Mon mari fait partie des ces homme qui s’investissent beaucoup dans leur boulot. Ce qui nous donne une certaine aisance financière que j’apprécie bien. Mais il n’a jamais été vraiment présent… Et là, avec le confinement, j’ai le sentiment de vivre avec un lion en cage. Il est devenu très nerveux. Pour la moindre parole, il se met en colère en disant que c’est impossible d’avoir la paix dans la maison alors qu’il a un bureau, avec une porte qui ferme. Et pire que tout : il est toujours en train de se plaindre de la situation, alors que nous en souffrons tous.

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Les autorités policières sont montées au créneau…

Parfois, je me demande si on va pouvoir tenir le coup jusqu’à la fin du confinement”. Depuis la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 avril, comme en écho aux plaintes de Nadège, une vidéo atterrit sur les réseaux sociaux. On y voit une jeune dame chutant d’un immeuble à Yopougon, après une querelle avec son conjoint, en plein couvre-feu. L’homme, Tidiane Droh, un banquier de 38 ans, serait devenu coutumier de violences physiques sur sa compagne depuis quelques jours. Depuis le samedi 18 avril, il est aux mains de la Police nationale qui a annoncé une enquête en cours. En attendant, sa compagne sauvée in-extremis a publié une vidéo pour réfuter la thèse de violences conjugales qui l’aurait poussé à tenter de se jeter du 3è étage de l’immeuble où ils habitent. Dans la même nuit de vendredi à samedi, dans le Centre-ouest du pays, à Vavoua, la police porte secours à une femme battue par son époux pendant le couvre-feu. Les agents de police intervenus ont procédé à l’interpellation du conjoint de la femme battue. Depuis quelques temps, en Côte d’Ivoire, l’actualité de la lutte contre le Covid-19, marquée par la fermeture des commerces dits “non nécessaires”, le couvre-feu et le confinement, est animée par des violences domestiques. Au point où les autorités policières ivoiriennes sont montées au créneau. Pour informer qu’elles disposent désormais de services spécialisés chargés de la prévention, de la répression et la prise en charge psychologique des victimes de violences basées sur le genre (VBG).

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Les violences conjugales-Un autre “virus” à combattre

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Puisqu’il surfe sur la santé fragile des personnes âgées pour les décimer, le virus surfe désormais sur les tensions pour mettre le feu aux foyers et briser les couples confinés. De fait, dans cette cohabitation forcée imposée par le confinement en couple, en famille ou entre amis, les conflits sont, en général, inévitables. Mais ils le sont encore plus dans les cas de confinement, surtout pour les couples. Comment peut-on imaginer être l’un sur l’autre toute la journée sans que l’on n’en arrive à se chamailler, à ne pas se comprendre, à s’agacer mutuellement ? Une irritation peut facilement s’installer du fait de la promiscuité. Ce qui est évitable, c’est que les conflits deviennent verbalement ou physiquement violents, par l’ironie, la moquerie, les jugements, les critiques… Nous employons souvent, sans même nous en rendre compte, des mots et expressions qui comportent de la violence. De même, certains comportements comme la bouderie ou le silence, peuvent être violents. La communication non-violente (CNV) se révèle alors une piste intéressante à explorer. Dans l’une de ses interventions sur le sujet, Thomas d’Ansembourg, spécialiste français de cette technique, explique en substance, pourquoi la pratiquer peut aider à gagner en sérénité en cette période de confinement.

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Violences conjugales-Du rapport de force à la collaboration

La base de la CNV est donc de prendre sur soi pour analyser son vocabulaire et ses comportements énumérés plus haut. Car, en réalité, le confinement nous invite plus encore qu’en temps normal à un travail de connaissance de soi qui demande un peu d’humilité et beaucoup de courage. C’est que se remettre en question n’est pas simple. Nous avons l’habitude de vivre les rapports humains sur le mode des rapports de force. Quand tout va bien, tout va bien. Mais dès qu’il y a une tension, nous enclenchons pratiquement automatiquement les rapports de force : domination, agression, soumission, démission, manipulation, séduction… Réussir à observer ses propres réactions permet d’essayer de les changer et d’apprendre à créer des rapports de collaboration, écoute, partage, empathie, synergie…

On est bien au-delà d’un simple outil de communication, c’est une nouvelle façon d’être ensemble.

L’objectif de la CNV est précisément de nous faire quitter le paradigme du rapport de force pour nous faire rentrer dans celui de collaboration. Il s’agit de changer la structure même de notre mode de pensée. On est bien au-delà d’un simple outil de communication, c’est une nouvelle façon d’être ensemble. Toujours selon Thomas d’Ansembourg, non seulement on peut pratiquer seul la CNV, mais c’est bien souvent ainsi qu’elle est efficace. Si je change mon attitude, l’autre est bien obligé de s’adapter à cette nouvelle attitude. Par exemple, un couple a l’habitude de se disputer car chacun veut avoir le dernier mot. C’est une partie de ping-pong permanente. Pour y mettre fin, il suffit que l’un des deux pose sa raquette. Lorsque l’autre avance un argument, je lui manifeste de l’empathie et j’essaie de comprendre son point de vue. Je le rejoins là où il est, au lieu de chercher à lui imposer mon point de vue. Ça change forcément les choses pour tout le monde ! Relativement à la situation actuelle, il faut savoir que nous n’avons pas de pouvoir sur la circonstance, mais nous avons tout pouvoir sur comment nous allons la vivre.

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Face à la nouveauté, nous avons tendance à suivre le mouvement “méfiance-fermeture-contraction”. Essayons de tendre au contraire vers “confiance-ouverture-expansion”, conseille le spécialiste français. Créer un temps de dialogue. En cette période de confinement, il est important pour les couples de créer un temps pour échanger sur la façon d’être ensemble : qu’est-ce que nous aimons, ou au contraire nous déplaît ? Cela permet de comprendre ce qu’impliquent les comportements de chacun pour les autres. Si on ne se le dit pas posément, on accumule les inconforts jusqu’au jour où ça explose. “Car les frustrations sont des émotions et ce sont ces dernières qui nous mettent en mouvement. Si on ne les écoute pas, ça fait pression. C’est comme si je contenais tous mes sentiments désagréables dans une cocotte-minute sur laquelle j’empile des couvercles familiaux, sociaux, professionnels.

Au demeurant, beaucoup de nos souffrances viennent du fait que l’on veut de l’harmonie à tout prix.

Mais cette cocotte est posée sur le feu du temps. Tôt ou tard, ça pète : colère, bouderie, violence… Et si elle n’explose pas, elle implose, c’est la dépression, le burn-out, comme on le dit”. Bien sûr, c’est rare de ne pas avoir la liberté de sortir lorsqu’on en a marre de ceux avec qui on vit, comme c’est le cas dans le confinement. Mais on peut prendre conscience que malgré tout, rester chez soi est un choix : c’est choisir de respecter sa santé, et celle des autres. Au demeurant, beaucoup de nos souffrances viennent du fait que l’on veut de l’harmonie à tout prix. On rêve qu’en couple, on va toujours bien s’entendre, qu’en famille, on se comprendra toujours bien… “Bien sûr, ça fait partie de nos élans naturels, c’est le monde que l’on a envie de créer. Mais ça ne se passe pas toujours comme ça. On a besoin d’accepter les moments chaotiques, de désaccords, où on ne se comprend pas bien. Ils font partie de la vie”.