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C’est arrivé comme à la fin d’un film western de mauvais gout, mais ce n’est pas du cinéma. Rentré à Abidjan le 2 juillet, après un séjour de deux mois en France, Amadou Gon Coulibaly n’aura foulé la terre de son pays que durant 7 jours, jour pour jour. Arrivé mercredi 8 juillet vers 10 heures du matin au palais présidentiel du Plateau, pour son premier Conseil de ministre post-convalescence, le chef du gouvernement ivoirien qui affichait une bonne mine, a été frappé d’un malaise quelques heures plus tard. Plus de 24 heures après son décès, une source médicale a fait savoir qu’il a été victime d’un arrêt cardiaque. « Il s’agit d’un infarctus massif, tout le cœur se contracte d’un coup et s’arrête de battre », confie-t-on à la clinique où il a été évacué. Là-bas, malgré les efforts du personnel médical, les nombreuses tentatives de réanimation se sont avérées vaines, plongeant toute la Côte d’Ivoire dans l’émoi. Une autopsie pourrait avoir lieu. Mais en attendant, une rétrospective des deux derniers mois de la vie de l’homme éclaire d’un jour nouveau « ce destin » qui a pris un tournant inattendu depuis un certain 12 mars 2020. Jour où il a été désigné par le président Alassane Ouattara comme le candidat officiel du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

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Amadou Gon Coulibaly-Ce contrôle médical à six mois des élections a tout déclenché

Samedi 2 mai 2020 à 22h 30, Amadou Gon Coulibaly s’envolait pour Paris à bord du Gulfstream VU-TAE de la flotte présidentielle. « Pour un contrôle médical », informe le communiqué de la Présidence publié plus tard. C’est le début d’un feuilleton dramatique qui a commencé la veille, vendredi, par un coup de fatigue suivi, quelques minutes, après de douleurs au ventre. Très vite, la famille établit un lien entre ces douleurs et son contrôle médical prévu pour le 14 avril mais manqué par l’homme de 61 ans. Pourquoi ? On n’en sait rien. « Il a eu une alerte et n’a pas voulu prendre de risque », confie une source proche de la famille à Jeune Afrique, dévoilant du coup ce qui était en réalité une évacuation sanitaire d’urgence en cette nuit du 2 mai. Reçu aux urgences de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris aux premières heures du 3 mai, le chef du Gouvernement ivoirien subira une batterie d’examens dont une coronarographie. Un examen qui permet d’observer les éventuels rétrécissements pouvant altérer la circulation sanguine au niveau de son cœur. Ces rétrécissements peuvent être responsables, entre autres, d’insuffisance cardiaque et d’infarctus du myocarde. Chez le patient Amadou Gon Coulibaly, le risque était d’autant plus élevé que depuis 2012, alors secrétaire général de la présidence ivoirienne, il avait, à la suite d’un malaise cardiaque, subi une transplantation dans ce même hôpital. L’intervention avait duré six heures. En revanche, la coronarographique, en tout et pour tout, dure entre 30 minutes et une heure, en soin ambulatoire. Ou, selon l’état général du patient, en hospitalisation un peu plus longue, de 24 à 48 h. Le cas du premier ministre s’inscrivait dans cette dernière option. Mais son hospitalisation durera presque 5 jours sanctionnée par la pose d’un stent le 4 Mai.« Après la mise en place d’un stent, il y a un traitement très pointilleux à suivre pendant 12 mois. Mais à ce jour, on ne dispose d’aucune donnée réelle sur les chances du patient d’être à l’abri d’une mort de cause vasculaire (crise cardiaque ou AVC) dans les 18 mois qui suivent », rappelle notre interlocuteur. Vrai ? Faux ? Toujours est-il que libéré le 7 mai, le premier ministre ivoirien sous traitement est placé sous repos par son médecin traitant. Coronavirus oblige, son épouse Assétou et lui sont confinés en région parisienne, plutôt qu’à leur résidence habituelle en pleine capitale.

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Amadou Gon Coulibaly n’a pas eu de repos après la coronarographie

À Abidjan, la situation est intenable au sommet de l’État. Entre la crise de la Covid-19, l’opération de révision de la liste électorale qui entonne déjà un air de pré-campagne et les voix qui annoncent le candidat du RHDP hors-jeu pour la présidentielle du 31 octobre, le pouvoir Ouattara est sous une grosse pression. Au point où même à 6 000 kilomètres d’Abidjan, le premier ministre n’y échappe pas. À son arrivée à Abidjan, le 2 juillet, il confiait d’ailleurs ceci : « Durant tout mon séjour, il ne s’est pas passé un seul jour sans que vous ne m’appeliez pour prendre de mes nouvelles ». Mais pas que. Le président Ouattara se faisait aussi et surtout le devoir d’informer son collaborateur et dauphin de l’actualité du pays. Et, au besoin, tenait des séances de travail avec lui sur quelques dossiers pendants ou brûlants. L’entretien par visioconférence du 12 mai, le remaniement ministériel du 13 mai qui a signé l’éjection de Mabri Toikeuse du RHDP assorti de l’arrachage de son tabouret de ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, les nombreux tweets informatifs postés sur la gestion de la Covid-19 par Abidjan, l’appui des entreprises plombées par la pandémie, le programme de développement du gouvernement, la réouverture de l’aéroport d’Abidjan…, témoignent, si besoin en était, que la convalescence du « Lion » ne fut pas de tout repos. Et pourtant…Au cœur du parti, la visioconférence organisée, préparée et rendue publique pour taire les mauvaises langues et remonter le moral des militants RHDP fait son effet. Des voix officielles dont le gouverneur du District autonome de Yamoussoukro, Augustin Thiam et le ministre Sidi Tiémoko Touré annoncent le « retour triomphant » du candidat du RHDP en fin mai. Plus précisément le 02 juin, soit un mois jour pour jour après son évacuation à Paris. En point de mire de ce calendrier étudié, programmé et préparé à la minute près, l’investiture du candidat du RHDP. Initialement prévue pour la mi-juin, la cérémonie a été reportée à la fin du même mois par le Directeur exécutif du parti au pouvoir, Adama Bictogo. Soit (encore) un mois après le retour du «Lion ». Pour que ce que l’on veut que comme « une véritable démonstration de force du RHDP » soit une totale réussite.

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Amadou Gon Coulibaly victime de plusieurs rechutes avant sa mort

À l’aube de fin mai, partie chercher le Premier ministre avec le Grumman présidentiel, la Première Dame Dominique Ouattara rentre, 72 heures après, bredouille. Nous sommes lundi 1er juin. Au RHDP, la douche ne pouvait être plus froide. Surtout que le pouvoir d’Abidjan a opté pour un Omerta sur le sujet. Les grelottements interrogatoires des uns se mêlent aux grincements de dents de l’inquiétude pour les plus alarmistes. Et pour cause, « Amadou Gon Coulibaly a dû être à nouveau hospitalisé à la Pitié-Salpêtrière du 30 mai au 11 juin après une rechute », révèlera le confrère Jeune Afrique. Mais dès la mi-juin, une nouvelle date est annoncée pour le retour de Gon Coulibaly en Côte d’Ivoire. Cette fois, pour la fin du mois de juin, précisera une source du RHDP dans le quotidien L’inter qui souligne qu’« après avoir subi une nouvelle série d’examens, AGC poursuit désormais sa rééducation, multipliant notamment les exercices physiques afin de retrouver l’intégralité de ses capacités. » Cette fois est la bonne. Le premier ministre Amadou GON Coulibaly a décollé de Paris à 11h, ce Jeudi 2 Juillet 2020. Il arrivera à Abidjan vers 17-18h et sera accueilli par le président Alassane Ouattara, son épouse, et plusieurs membres du gouvernement. Le Premier ministre avait reçu le mercredi 1er juillet 2020, en audience l’ambassadeur de la République de Côte d’Ivoire en France, ancien ministre de la Culture et de la Francophonie, Maurice Bandama. À l’évidence, tout portait à croire que le pire était passé. Mais en débarquant sur les bords de la lagune Ebrié ce 2 juillet pour entrer de plain-pied dans sa tenue de dauphin du président Alassane Ouattara, Amadou Gon Coulibaly venait de sceller son sort. C’est du moins la conviction de Joël Abraham Caesar, président de la « Cellule Victoire de la Côte d’Ivoire » et des « Intercesseurs pour la Côte d’Ivoire ». Pour l’homme avec qui nous avons échangé le 1er juillet 2020, la marche et l’actualité de la Côte d’Ivoire passées au crible des enseignements spirituels sont sans équivoque : Amadou Gon Coulibaly est en danger de mort, à vouloir se lancer dans la conquête du fauteuil présidentiel de la Côte d’Ivoire. D’autant plus, selon notre interlocuteur que depuis le 12 mars, il s’était inscrit et fonctionnait dans une logique de forcing du destin.

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Amadou Gon Coulibaly : “Spirituellement, il n’a pas su lire son destin”

« Christ parlait souvent en code pour déclencher en l’homme le processus de l’introspection. Je suis triste ce matin, non seulement pour la mort du Premier ministre de la Côte d’Ivoire qui est un coup très dur pour sa propre famille, mais surtout pour certains bricolages au sommet », poste Joël Abraham Caesar, ce jeudi 3 juillet sur sa page Facebook. Puis de préciser : « L’adage dit que le destin se force. Mais il faut savoir lire son propre destin pour le forcer ou le destin des autres dans l’optique de les aider à “le forcer”. On peut lire le destin de quelqu’un sur le plan médical mais aussi spirituel. À ce niveau de l’exercice du pouvoir, il y a des erreurs qu’on paie cash, de façon inévitable si on ne trouve pas rapidement les bonnes parades ». Pour l’homme qui avait annoncé la victoire inéluctable du RHDP à l’élection de 2010, la chute de Laurent Gbagbo, sa libération après 7 ans de détention, et les conditions de la fin du pouvoir d’Alassane Ouattara depuis 2019 dans le quotidien L’inter, « une chose est sûre, certains événements marquent des tournants décisifs dans la vie d’un homme ou celle d’une nation. Que DIEU nous aide à savoir déchiffrer la coloration du ciel pour percevoir les bouleversements qui sont à l’horizon »., a-t-il posté. Après avoir été désigné et présenté comme candidat du RHDP le 12 mars, au cours d’un Conseil politique du parti de Ouattara, Amadou Gon Coulibaly, 61 ans, déclarait : « Je prends l’engagement, selon la volonté du Président de la République d’avoir une équipe soudée et rassemblée, sera exaucée. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’il en soit ainsi, pour que nous soyons unis. J’ai lancé un appel à toutes mes sœurs et à tous mes frères pour que nous soyons unis. Nous devons gagner ces élections au premier tour ! Pour ce faire, nous devons nous engager individuellement et collectivement. Je n’ai pas de doute que nous gagnerons ces élections au premier tour et que l’équipe travaillera pour qu’il en soit ainsi ». Sauf que le destin, de toute évidence, n’était pas de cet avis. Une désapprobation qu’il aurait d’ailleurs signalé à deux reprises, le 02 mai, puis le 30 mai avant de sceller sa sentence, ce mercredi 8 juillet par une 3ème et dernière crise. Profondément choqué d’avoir eu raison et du silence d’une femme ministre et membre influent du RHDP qu’il avait prévenu par des SMS restés sans réponse, le Président du groupe « Les Intercesseurs pour la Côte d’Ivoire » livre l’intégrale de l’actualité ivoirienne passée au feu de la spiritualité, à lire bientôt dans nos colonnes.